Quelques
humeurs poétiques
de l'ami Bernard



Recueil 2


  • Un soleil sorti de ses langes
  • Pourquoi
  • Un ciel de lac
  • Sans vent
  • Les chemins
  • Nos deux caps
  • Des moments de temps
  • Les vingt cris de l'écrivain
  • Bêtes et Bébêtes
  • Les éoliennes de Fiennes
  • Ma mare
  • J'écris ce cri
  • Deux révoltés dans l'affect
  • Les envies
  • Les Papillons
  • Je continuerai
  • La Rando-Rye
  • Les Coucous du Mont de Sombre
  • Aller sur le Mont
  • La souche de la barbarie


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  • Un soleil sorti de ses langes


    Tandis que le ciel brouillasseux
    Inondait l’atmosphère épaisse,
    Le chemin un rien caillasseux
    Nous menait dans la bouillabaisse.

    Le soleil nous posait un lapin,
    D’ailleurs, nous n’en aperçûmes aucun.
    Nous cheminions sans voir au lointain;
    Chemin faisant, nous n’en vîmes pas un.

    En ce frais matin néo-printanier,
    La luminosité nous faisait faux bond
    Qui ne voulait pas nous accompagner;
    Et pourtant, nous allions en vagabonds.

    Enfin notre bien-aimé le Soleil
    En fin de rando sortit de ses langes,
    Comme un nouveau-né qui nous émerveille
    Et dont on fait dithyrambe et louanges.

    Ce fut alors un lent chantement
    Dans les sinuosités d’un bosquet
    Où les coucous jaunissaient gentiment
    Sous un ciel bondissant et défroqué.



    Bernard Debève, le 3 Avril 2017
    rendu de la rando J & N


    [  R E T O U R     vers     la     L I S T E  ]




    Pourquoi

    Pourquoi plaire ?
    Pour faire le fier ;
    Pourquoi faire le fier ?
    Pour parader ;
    Pourquoi parader ?
    Pour se cacher ;
    Pourquoi se cacher ?
    Pour ne pas agir .

    Mais pourquoi agir ?
    Pour ne pas rougir ;
    Pourquoi se bouger ,



     

    Pour faire bouger ;
    Et pour quoi faire ?
    Pour en être fier .

    Pourquoi s'interroger ?
    Pour douter ;
    Et pourquoi douter ?
    Pour réfléchir .

    D'ailleurs ,
    Il faut réfléchir
    Avant d'agir .

    Bernard Debève, le 12 septembre 2015


    [  R E T O U R     vers     la     L I S T E  ]



    Un ciel de lac


    Le cœur de l'hiver bat son plein
    Sur les rivages englacés
    D'un lac d'Ardres tout de volupté:
    Il s'est endormi ce matin.

    Le janvier né de cette année
    Suspend le temps dessus le lac,
    Fige les rus drus et les flaques:
    Chaque image est instantanée.

    Des peintres sont venus en place
    Dès l'aube lui faire sa fête:
    Sur l'aire nue devenue glace,
    L'air bleu ciel du ciel se reflète.

    Notre pas crisse dans le givre
    De la sente qui nous promène
    Et nous emmène, et nous entraîne
    L'un et l'autre à vouloir poursuivre.

    Depuis un pont sur le canal,
    La langueur est matutinale:
    Quelle rareté de clarté !
    Et l'on ne peut que s'arrêter.

    Le lac a aussi un jumeau:
    Plus secret que lui, à l'abri,
    Assoupi sous un ciel de lit
    D'un même bleu tout aussi beau.

    Et dans ce ciel azuréen
    Un cormoran original
    Parmi d'autres y faisant le bal:
    C'est le carnaval ardrésien.



    Bernard Debève, le 22 janvier 2017
    rendu de la rando J & N.

    Cliquez ici pour visualiser le reportage de la rando ...



    [  R E T O U R     vers     la     L I S T E  ]












    Sans vent


    L'église de Wissant, plantée dans son décor,
    Ruisselle d'une brume naissante et tenace;
    Rénovée, toute belle, et plutôt concolore,
    Trônant sur sa place, impavide et bonace.

    Elle est le théâtre de notre ébranlement
    Vers la sortie du bourg et la Motte du Bourg,
    Et se fait bien vite en voie d'amuïssement
    Si l'on se met à la regarder à rebours.

    Dès les premiers instants, dès les tous premiers pas,
    Dans la brume immobile de la première sente,
    Le paysage au loin n'est que proche de soi
    Jusqu'à toucher le lac sage en fin de descente.

    Chaque arbre, chaque champ, chaque haie nous apparaît
    Subitement : comme une nouvelle naissance;
    L'église de Tardinghen nous met en arrêt
    Mais au marais n'est pourtant plus qu'évanescence.

    La brume, toujours devant nous, avance avec nous,
    Nous précède, nous guide comme une compagnonne;
    Le vent tu joue les absents; la mer, sans remous,
    Et figée sur l'estran, paresse, et s'abandonne.

    Tandis que des goélands marins quittant terre,
    Tournoyant par centaines, agitent alors le ciel,
    La basse mer partie rejoindre l'Angleterre,
    Dans la brume indolente, se fait immatérielle.

    L'église de Wissant, perdue dans son décor,
    S'extrait d'une brume insaisissable et tenace;
    Rafraîchie, toute belle, encore concolore,
    Prenant toute la place, sur sa place bonace.



    Bernard Debève, le 13 novembre 2016
    rendu de la rando J & N


    [  R E T O U R     vers     la     L I S T E  ]




    Les chemins

    Se calme et s'apaise l'air ambiant
    Au sortir bienvenu du matin ;
    Mais les lourds chemins sous les coups de vent
    Se sont tordus comme de vieux machins.

    C'est encore un calme bien incertain,
    Qui pèse, pèse sur la campagne en frais,
    Plombe l'ambiance dans chaque coin
    Où la nature saigne ses plaies.

    Le souffle du vent caresse encore
    Les façades rougies, les volets
    Encore tremblants, et le décor
    Est jonché de tuiles envolées.

    C'est l'instant où tout est en suspens,
    Où, inexorablement, se pose
    La question de savoir maintenant
    Si ce n'est du ciel qu'une simple pause.



     

    C'est l'heure du constat qu'il nous faut faire
    Que tantôt la nature est une belle,
    Souvent de nature à nous satisfaire,
    Tantôt une bête, sauvage et rebelle.

    Mais la voici qui joue l'apaisement,
    Se fait douce et tendre après sa fureur.
    L'après-midi sera finalement
    Comme une renaissance, une lueur.

    Les arbres démembrés se referont
    Au fil du temps qui passe une santé,
    Seront passés à temps les bûcherons,
    Les chemins auront été désarbrés.

    La nature régénérée,
    Les tuiles vite remplacées,
    Le ciel à nouveau rapuré,
    Le vent dès l'or rasséréné,

    Et les chemins resplendissants.

    Bernard Debève, le 9 décembre 2016


    [  R E T O U R     vers     la     L I S T E  ]



    Nos deux caps


    Après la pluie d'hier et un bon grand dodo,
    L'on s'attendait à une rude rando d'eaux,
    Par un ciel d'un gris interminable
    Où nous nous serions rendus minables
    Dans le vent qui soulève les capes
    Arrivés sur l'aire des Deux Caps.

    Mais si du lagunage au fond de son vallon
    Le Mont de Couple nous montre un monde fantôme
    Parcouru d'ombres changeantes, là où nous allons,
    La pluie tant redoutée fait mentir cet automne,
    Les nuages de goélands qui s'en échappent
    Soulignant l'attrait du Grand Site des Deux Caps.

    Surgie de nulle part, la station de Total
    Nous apparaît telle une oasis d'altitude ;
    C'est un total soulagement, et général,
    Pour les vessies aimant le luxe hors d'habitude.
    La photo, au point de rassemblement d'étape,
    Montre ici l'élite du Club de pied en cap.

    Puis à peine traversée l'autoroute A 16,
    L'on s'attarde un peu au cimetière canadien :
    Tant de vies prises, ça mérite bien une ascèse,
    Une pensée que la liberté est un bien,
    Que sans leur sacrifice surhumain,
    Nous ne serions plus rien qu'un feu sans braises....

    Que, grâce à eux, nous n'avons plus qu'à garder le cap.

    Alors que le Bainghen de Leubringhen
    Baigne dans son berceau comme une enfant,
    Le ciel s'éclaire de bleus clairs, d'azurs fuyants
    Ouvrant du cou les anoraks ouvertement.
    Quand enfin ses plates formes nous apparaissent,
    Le Mont de Couple sort alors de sa paresse,
    Et les nues ne sont plus que de vagues caresses
    Venues de la mer aux entrailles des Deux Caps.

    Et je range dans mon sac à dos nos deux capes.



    Bernard Debève, le 13 novembre 2016
    rendu de la rando J & N.

    Cliquez ici pour visualiser le reportage de la rando ...



    [  R E T O U R     vers     la     L I S T E  ]











    Carabe doré et harpale




    Des moments de temps


    Un instant de plage,
    Même sans mirage,
    C'est magique.

    Un moment de sable,
    C'est indéfinissable,
    Mais mirifique.

    Chaque seconde de soleil
    Est une merveille
    Bénéfique.

    Et les moments
    À tout moment
    Sont uniques.

    Mais le sable compte le temps ....
    Le soleil, lui, en fait autant,
    Depuis longtemps ....

    Voilà qu'un carabe file et trace
    Et marque sa trace
    Sur le sable complice.

    Car si le sable se plisse
    Sous la vague tenace,
    Le vent néfaste
    Qui entre en lice
    Et le lisse et l'efface.

    Le vent, c'est le temps
    Qui épile, efface,
    Joue avec nous à pile ou face
    Quoi qu'on y fasse.

    Le vent, il nous prend
    En pleine face,
    Il nous tracasse,
    Il nous crevasse,
    Il nous fracasse ....
    Tout le temps.

    Alors qu'approche un harpale,
    Il s'étiole et s'étale
    Et s'efface, et n'efface
    Pas vraiment sa trace.

    Car le sable avec malice
    Se lisse ou se plisse
    Selon ses envies,
    Au gré de ses caprices,
    En essuyant les traces
    Qu'il a choisies.



    Bernard Debève, le 7 septembre 2015,

    (ébauché le 29 août en Sicile)


    [  R E T O U R     vers     la     L I S T E  ]




    Les vingt cris de l'écrivain

    Des poèmes,
    Il n'est pas deux jours
    Sans que je n'en écrive un :
    Ça fait donc qu'en quarante jours,
    Et si je compte bien,
    J'en écris vingt.

    L'idée, le thème,
    Sans trompette ni tambour,
    Ça surgit, ça survient
    Sans dire bonjour,
    Sans faire le malin :
    Oui je me sens écrivain.

    Mes mots se veulent à même
    De crier au secours
    Même s'ils ne sont pas divins ;
    Mes poèmes sont un cri d'amour
    À la Nature dans sa nature même,
    Et je ne voudrais pas d'écrits vains.

    C'est pourquoi j'écris ces vingt cris :
    Mes cris d'alerte, mes cris d'alarme
    Où j'aboie et me récrie ;


     

    C'est pourquoi je m'indigne et m'écrie
    Quand la nature verse les larmes
    De sa douleur que je décris
    Sans pouvoir lancer ses propres cris.

    Que ceux-là qui entendent ceci
    Veuillent comme moi guider le Destin.

    Alors voici ce à quoi je tiens :
    C'est broyer les théories,
    Contester les théoriciens,
    C'est faire plier les théorèmes
    Et poser les problèmes
    Au jour le jour,
    C'est changer le cours des jours
    Et des gens d'esprit l'état d'esprit,
    Pour que tous ces cris,
    Que je lance en essaim,
    Ne restent pas des cris vains,
    Voilà ce qui me tient.

    C'est pour cela, moi je vous le dis,
    Qu'il faut que j'écrive, hein !

    Bernard Debève, le 8 septembre 2015


    [  R E T O U R     vers     la     L I S T E  ]



    Bêtes et Bébêtes


    Le moustique pique
    Et suce la tique :
    À vous de trouver l'astuce, le hic ?

    A propos des moustiques,
    Ça suce ou ça pique ?
    Hé les gars, pas de panique !

    Certes le corbeau
    N'est pas très beau,
    Mais moi, j'ai le corps beau.

    Le corbeau freux,
    Est certes affreux,
    Mais le frelon c'est pas mieux.

    Quant au roitelet,
    Il n'est pas aussi laid
    Qu'un roitelet en son palais.

    Un acarien,
    C'est bon à rien,
    Mon chien il en est tout plein.

    Le pou, s'il est pubien,
    Certains disent qu'il pue bien,
    Alors qu'il change de coin !

    Les cafards des placards
    Vous donnent le cafard,
    La trouille, même dans le noir.

    Les araignées du grenier,
    Vous les craignez, vous les reniez :
    Alors oubliez-les, dédaignez et déniez.

    Un bonobo,
    C'est pas qu'il n'est pas beau
    Ou qu'il est laid ni qu'il est beau.

    Un éléphant
    Ça trompe énormément,
    Sauf le chasseur indifférent.

    Une alouette des champs,
    Ce n'est pas méchant ;
    Mais y en a t'il autant qu'antan ?

    Les bébêtes, les grosses bêtes,
    Les moyennes et les énormes,
    Qu'elles soient bêtes ou pas bêtes,
    Belles ou laides ou difformes,
    Ne soyons pas bêtes, laissons-les tranquilles.



    Bernard Debève, le 5 octobre 2015



    [  R E T O U R     vers     la     L I S T E  ]













    Les éoliennes de Fiennes


    On reconnaît bien Fiennes
    À son tilleul maintes fois photographié,
    Ainsi qu'à son antenne
    Dominant la plaine, et plus loin Caffiers.

    C'est alors le domaine
    Du vent qui entrouvre la Boutonnière,
    Et où les éoliennes
    Dolinent la plaine d'elles prisonnière.

    Elles déploient leurs pales
    Tels des albatros aux immenses ailes,
    Bruissent le vent d'Opale
    Dolinant la plaine avec force zèle.

    Elles tutoient le ciel,
    Moulinent les nuages de leurs doigts blancs,
    Offrent l'or à Coquelles
    Et au trait de côte un nouvel élan.

    Sous ce ciel haut, pâle,
    Au pied de leurs pylônes, géants alaires,
    Pile poil sous les pales,
    Le belvédère ne manque pas d'air.

    Voici que se profile
    Au descendu pentu de la cuesta,
    Un long vallon, s’empilent
    Pales d'hélices, mats piles et fils bas

    À l'approche de Fiennes
    L'on revient vers des lieux moins affectés,
    Au son des éoliennes
    Dominant la plaine de leur majesté.



    Bernard Debève, le 4 septembre 2016,

    Suite à la rando avec Jeunes et Nature.
    Cliquez ici pour visualiser le reportage de la rando ...



    [  R E T O U R     vers     la     L I S T E  ]




    Ma mare


    Je rêve d'une mare,
    Une petite mare
    Dans un creux de jardin
    Blottie dans un recoin.

    Depuis trop de temps, j'en ai marre !
    C'est décidé : je la démarre :
    Je creuserai de mes deux mains
    La mare et ce dès demain.

    Ce sera mon jardin privé,
    Ce sera un lieu de bonne aise.
    Mais pourquoi me suis-je privé
    Autant de temps de ce doux rêve ?

    Viendront un jour les campanules,
    Les anémones et les narcisses,
    Les herbes folles, les libellules
    Qui batifolent dans les iris.

    Ce sera mon jardin secret
    Au fond, mon site, le bon coin,
    Discret, où la vie se créée,
    Une renaissance en tous points.

    L'été, j'irai au petit coin
    Où j'aurai suscité la vie,
    Où tous les agrions du coin
    Viendront me dire grand merci.

    .......

    J'ai rêvé d'une mare,
    Et maintenant, je l'ai;
    Belle encore et gelée,
    C'est l'hiver qui démarre.



    Bernard Debève, le 2 septembre 2016



    [  R E T O U R     vers     la     L I S T E  ]



    J'écris ce cri

    Je crise et crie, donc j'écris ceci :
    Je crise et crie mon cri.

    Je mets CRI sur le papier
    Parce que de cris en cris,
    Un tel jet de cris
    Est un cri de rejet.

    Je mets CRISE sur le papier :
    Parce que de crise en crise,
    L'Univers est en crise
    Comme moi je le suis.

    Je m'écrie au profond de moi
    De voir les mille maux
    Que l'on fait aux animaux,
    A la terre, aux végétaux.

    Je crie CRISE au monde entier.
    Même mes mots me font mal,
    Ces mêmes mots-maux qui ont du mal
    A trouver leur écho.
    J'écris pour lancer un cri,
    Mais qui le rattrapera ?
    Pourtant je reste engagé dans le combat
    Comme un lion encagé enragé.


     

    J'écris en crise, alors j'écrise,
    C'est ma façon de m'exprimer,
    Et si j'essaye ainsi de rimer,
    C'est pour dire tout mon effroi.

    J'écrise en crise, alors j'encrise,
    J'écris mâle, j'écris dur,
    Car la crise perdure
    Et mon cri se fait agressif.

    J'encrise et j'en pleure,
    Jean qui crie et Jean qui pleure,
    Jean qui a de plus en plus peur
    De perdre le bonheur.

    J'écris tard il est vrai.
    Mais si j'avais écrit tôt,
    Y aurait-il eu un écho
    Si tout le monde s'en foutait ?

    Pour cet Univers cité,
    Je me fais un sang d'encre
    Car rien n'a changé.
    Je lance donc ce cri décrit
    Ici écrit comme un jet d'encre.
    C'est pourquoi, en grandes lettres,
    Partout sur les murs les fenêtres,
    J'écris CRI.

    Bernard Debève, le 6 Octobre 2015


    [  R E T O U R     vers     la     L I S T E  ]










    Deux révoltés dans l'affect


    Dès la première montée
    Un vent léger caressait,
    Nous apportant la douceur
    D'un début de randonnée
    Prometteur.

    L'on pouvait voir au sommet
    La mer en basse marée,
    Découvrant un estran serein
    Aux noirs rochers enrochés
    Au lointain.

    Sur les hauteurs bien fleuries,
    C'était une flânerie
    Entre mer et ciel et terre
    Qui se co-teintaient de gris
    Fort divers.

    Ensemble avec Catherine,
    Nous avions l'humeur chagrine,
    Devisions de nos visions,
    Nos angoisses et notre spleen,
    Nos passions.

    Après la Slack, à l'abri,
    Parmi les fleurs assorties,
    Une crique dans la dune
    Et une mare assoupie,
    Opportune.

    Vite, nous fûmes étonnés
    De n’y voir virevolter
    Aucun syrphe, aucun insecte :
    Nous étions deux révoltés
    Dans l'affect.

    Ainsi près d'un pin pignon
    S'échangeaient nos opinions :
    La pollution, la nature,
    La faune, la vie, le pognon ;
    L'industrie, l'agriculture,
    Pour tout, nous nous rejoignions.

    Sur le monde d'aujourd’hui,
    Nous donnions notre humble avis.
    Nous serions restés des heures,
    Nous aurions refait le monde,
    Mais fin de la pause, c'est l'heure,
    La rando reprit sa ronde.

    Les pins étaient parasols
    Le soleil chauffait le sol ;
    Une dernière montée,
    Un belvédère domptés :
    Vue sur la baie de Saint-Jean :
    La mer remontée à crans,
    L'estran s'est un peu caché.
    Catherine et moi à cran,
    La fin de la randonnée.

    Mais devant tant de beautés,
    Nous avions tout oublié.

    Bernard Debève, le 11 juillet 2016 ,

    Suite à la rando avec Jeunes et Nature.
    Cliquez ici pour visualiser le reportage de la rando ...



    [  R E T O U R     vers     la     L I S T E  ]



    Les envies


    Je suis un être-nature,
    Donc un être nature;
    Dans mon environnement
    Sans étonnement,
    Mon envie d'environnement
    Est un petit ronronnement
    Qui jamais ne se dément:
    Elle est ma signature !

    Mes envies d'environs,
    Mes instincts d'horizons,
    Sont avidité
    Tout cet été
    Comme une douce ébriété.

    J'ai l'envie d'être
    Dans le bien-être
    De ces périmètres
    Ourlés de tournesols
    Et de hêtres ou de saules.

    J'ai l'envie d'envies:
    Envies à l'envi,
    Envies bien en vie,
    Et en vis à vis
    Envies à vie de vie ….

    Oui, goûter à la vie
    Et sans cesse renaître !
    Ne connaître
    Que le joli,
    Et finalement n'être
    Jamais inassouvi.

    En cet été qui se languit,
    Je conjugue le verbe être
    Avec cette envie d'être
    En somme
    Ce que j'y fus:
    Ce que je suis .....,
    Ce que nous serions
    Si nous étions
    Des êtres-nature:
    Des êtres matures .....
    Pour le futur.


    Bernard Debève, le 23 août 2015



    [  R E T O U R     vers     la     L I S T E  ]




    Nacré :

    : Cuivré

    Azuré :

    : Damier

    Soufré :

    : Mélitée


    Les Papillons


    Au cœur du silence . . . .

    Des instants en suspens . . . .
    Des lieux d’étonnement . . . .
    Des espaces-temps décalés
    Et des passe-temps étoilés .

    Au cœur du silence . . . .
    Des ciels éthérés
    Et des secrets en instance
    D’être dévoilés .

    Il est ainsi des lieux sacrés ;
    Ce sont de sacrés lieux ,
    Où vole un air nacré
    Dans le ciel et dans les cieux .

    C’est déjà un bel été ,
    Et l’on me dit souvent
    Que ma peau est cuivrée ,
    Que je dois en prendre du bon temps !

    Car dès que le ciel est azuré ,
    Dès que la chaleur s’installe ,
    Je trinqueballe mes pieds
    Au hasard de mes escales .

    La nature , c’est comme un damier :
    À chaque case sa propre faune ;
    Il suffit de sauter , de pied en pied ,
    Pour trouver ce qu’elle nous donne .

    C’est le cœur soufré
    Que , dans un silence qui dort
    Et mille univers feutrés ,
    Je vais m’engouffrer
    Tel un chercheur d’or .

    Et j’y ai vu tant de papillons
    Que je l’ai bien mélitée . *****

    ***** : nacré, cuivré, azuré, damier, soufré, ainsi que mélitée, sont des familles de papillons.

    Bernard Debève, le 27 août 2015 ,




    [  R E T O U R     vers     la     L I S T E  ]




    Je continuerai


    Et je continuerai à mettre en lumière
    Ce qui est dans l’obscurité :
    Je continuerai à dire mes quatre vérités
    Sur le martyr de notre Terre,
    Afin que pour la postérité
    Elle nous reste exemplaire.

    Et je continuerai à montrer du doigt
    Les exactions faites à toute forêt
    Comme au petit bois derrière chez moi ;
    Et je foutrai partout la merde
    Pour ne plus gâcher, ne plus perdre,
    Là où des coups de pied au cul se perdent.

    Et je m’insurgerai chaque fois
    Contre le gâchis, les bacchanales,
    Le gaspi devenu trop banal ;
    Je déploierai toute mon énergie,
    Je ferai feu de tout bois
    Au service de l’ écologie.

    Et je continuerai à fustiger,
    Décrier, tonner bien haut,
    Les manques de volonté :
    Je brandirai écriteaux
    Mails, SMS et textos
    À la face de la Société.

    Et je me mettrai à donner l’ alarme
    Quand les autres se tairont ;
    Et sonneront comme un clairon
    Mes mots, mes seules armes,
    Au beau milieu des silences
    Sourds et muets qui me désarment.

    Et je continuerai à lancer mes pleurs
    Sur les yeux des aveugles primaires
    Pour que leur regard enfin s’éclaire.
    Et je donnerai coups de poing
    Et coups de pied dans la fourmilière
    Pour que s’ engagent les décideurs.

    Et je continuerai à jeter le discrédit
    Sur ces multinationales
    Aliénées à leurs profits ;
    Ainsi je renoncerai, tant bien que mal,
    À la quantité pour la qualité,
    Mais pour le bien de ma santé.





    Et je continuerai à croire
    Avec une foi intensément immense,
    Quand le monde est sans espoir ;
    Et je m’efforcerai de vous faire croire
    Avec une foi immensément intense
    Que le monde n’est rien sans espoir.

    Je porterai ainsi le vert drapeau
    D’un combat ostentatoire
    Contre le noir du découragement ;
    Et je tirerai mon chapeau
    À chaque acte méritoire
    Qui ira vers plus d’enchantement.

    Je donnerai tout ce que j’ai de forces
    Dans une lutte armée de bons sentiments
    En traquant chaque argument désarmant ;
    Je donnerai tout ce que j’ai de temps
    Et de patience pour que s’amorce
    Quelque changement encourageant.

    Je me battrai avec ce que j’ai de peps
    En versant ce qu’il faudra de larmes
    Pour sortir d’un monde pauvre et étroit;
    Avec mes armes, je serai de ces combats
    Que l’on gagne aux forceps
    Pour accoucher d’un monde beau et droit.

    Je serai le soldat combatif
    Contre les horreurs de la guerre
    Menée contre la nature ;
    Je serai le défenseur actif
    Du bonheur d’être, sur Terre,
    Des gens sensés et sensitifs,
    D’heureux êtres locatifs
    D’un théâtre de verdure
    Dans le bien-être de la Créature.






    Bernard Debève, le 19 novembre 2015



    [  R E T O U R     vers     la     L I S T E  ]






    La Rando-Rye


    Dans la brise d'un printemps si british,
    Les verts vallonnements descendent, ondulent
    Vers les étangs languissants où se nichent
    Parfois des coccinelles qui copulent.

    Tandis qu'à foison dans les herbes rases
    Les moutons de laine, à la tête noire,
    S'agenouillent lors de notre passage,
    Chacun savoure un ciel empli d'espoir.

    Dans la descente difficultueuse
    En compagnie lointaine de bisons,
    C'est la découverte bien malheureuse
    D'un renardeau sans espoir de guérison.

    C'est un pic, c'est un cap, le Dungeness !
    C'est un phare au milieu de nulle part,
    Un no man’s land, une aire de jeunesse,
    Un air de mer en terre, un Gibraltar.

    Après la dune, le vent s'est mis de face ;
    Sur la plage, nous sommes sur de bons rails ;
    Les plus gros coquillages, on les ramasse ;
    Bientôt, l'on atteint la canal de Rye.

    C'est là que l'on déraille, c'est là que l'on délire :
    Les coquillages, l'on ne sait plus comment,
    Sur le T-shirt de Thérèse viennent atterrir ;
    Ça l'encanaille, ça nous fait rire : un bon moment !



    Bernard Debève, le 16 Mai 2016,
    Suite à la rando avec Jeunes et Nature du 15 Mai 2016.

    Cliquez ici pour visualiser le reportage de la rando ...



    [  R E T O U R     vers     la     L I S T E  ]




    Les Coucous du Mont de Sombre !

    Le soleil, bas, encore musarde
    Sur la lande fleurie de coucous ;
    Encore ardent, il ne darde d'ombres.
    Il s'attarde, lent, sur le mont de Sombre
    Où je lézarde, ses rais dans le cou ;
    Je me couche : comme lui, je flemmarde !

    L'air est déjà frais en ce soir d'avril,
    Mais le bleu du ciel finissant est clair,
    Prolongeant celui de la mer du Nord
    Qui s'étale, molle, au pied de la dune or ;
    Un dernier rai, doré, encore éclaire :
    Le soleil s'efface, et l'horizon file.

    Les coucous s'éteignent peu à peu
    Tandis que se peignent dans l'azur
    De légères lasures pastel ;
    Le ciel immobile, las, me révèle
    Les secrets vespéraux les plus purs
    De ses dernières touches de bleus.




    Au pied du mont de la Louve, Beuvrequen
    S'enfonce dans sa nuit et disparaît :
    Quel joli spectacle, et à moindre frais !
    Comment ne pas être grandiloquent ?

    Mais voici le frais qui, pas chouette, m'effraie ;
    Et le vent me vainquant, me convainquant,
    Ce vent venant du Levant se levant,
    Je me relève et lève ainsi le camp.

    Restent les courts coucous sur la hauteur
    Bravant le grand vent éprouvant leurs fleurs ;
    Ils savent bien qu'ils doivent résister,
    Lutter de leurs pieds fermes pour rester ;
    Ils savent que demain dans la journée,
    J'irai tout là-haut, seul, les retrouver.

    Bernard Debève, le 21 Janvier 2016


    [  R E T O U R     vers     la     L I S T E  ]



    Aller sur le Mont

    Dans l'effort de la brise
    On percevait comme un flot,
    Venu du ciel et de la mer
    Pour me faire une bise,
    Me remettre à flot,
    Panser mon cœur amer.

    Quand mes espoirs se brisent
    Comme un vieux rafiot
    Sur un récif d'hiver,
    Je vais passer ma crise
    Sur le Mont là-haut,
    En retrait de la mer.

    J'y retrouve vie,
    Je recrois que j'y crois
    Au détour d'un espoir ;
    Je m’y restaure l'esprit
    En régénérant ma foi
    Quand je broie du noir.

    Bon ! ça ira mieux demain,
    On va dire ça comme ça !
    On va se persuader
    Que d'un coup d'essuie-mains
    Et par un miracle d'éclat,
    Le monde va d'un coup se réveiller.

    Allez, il faut que j'y crois :
    Ouais ! vas-y ! crois-y !
    La méthode Couet,
    Pourquoi pas ?
    Regarde demain c'est inouï,
    Tout sera chamboulé.....

    Demain, ce sera le grand soir :
    Les gens seront conscients,
    Le bio sera la loi, ce sera écrit,
    Les polluants seront proscrits,
    Les plastiques seront bannis,
    Les gens seront gais et confiants :
    Ce sera ’'grand bal en soir ’’.....
    La nature aura repris ses droits ;
    Chassée, elle sera revenue au galop :
    Elle est si bien faite !
    C'est à ça qu'il faut que je crois ;
    C'est ça qu'il me faut
    Pour avoir le cœur en fête,
    Pour avoir le cœur en joie.

    Sinon, il me reste d'aller sur le Mont.



    Bernard Debève, le 14 Septembre 2015



    [  R E T O U R     vers     la     L I S T E  ]








    [  R E T O U R     vers     la     L I S T E  ]


    La souche de la barbarie

    Au cœur du silence je pense;
    Je pense à tous ces arbres;
    Ces arbres qui ont souffert,
    Oui souffert de l'absence
    Obsédante et macabre
    D'humanité: ils vivent l'enfer.

    Pour eux qui se font assassiner
    A tour de bras et de hache,
    De tronçonneuse malintentionnée,
    C'est l'enfer de se faire déraciner
    Puis découper par des sortes d’apaches
    Aux temps modernes conditionnés.

    Sur une souche, je me suis assis,
    Et devant les billes alignées, je pense ;
    Je pense aux arbres qu'ils étaient,
    De haute futaie, seigneurs d'ici
    Dont on a saigné l'existence
    Au profit de notions poussées à l'excès.

    Pour eux qui se font décapiter
    Par centaines, par milliers, en série,
    Pour des raisons d'intérêts supérieurs,
    Que faire ? sinon que d'être dépité,
    Et, à la place où ils ont péri,
    De crier à leur place ma sourde douleur.

    Au cœur du silence de l'essart,
    L'arbre m'apparaît comme un pilier
    Contre lequel, les jours de cafard,
    Ou fatigué, l'on vient s'appuyer.

    Devant ces dommages, je rends ici un hommage,
    Vibrant, appuyé, à ces victimes de la barbarie,
    Pour qu'un beau jour se tourne la page
    Et qu'une grande lumière emplisse nos vies.


    Bernard Debève, le 21 novembre 2015,
    en mémoire des attentats du vendredi 13 à Paris.



    Fin du recueil n°2